Luc ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et poussa un long hurlement, un cri de bête sauvage. Prenant une longue respiration, je me mis à hurler à mon tour, mêlant mon cri au sien.
Surpris, Scotty, notre chien, un teckel à poil longs, se dressa sur ses pattes arrières et commença à aboyer férocement.
Plus nous hurlions, et plus Scotty aboyait.
Une voix sèche nous ramena sur terre :
- Romain, Luc ! Cessez de torturer cette pauvre bête.
C'était maman.
Mon frère et moi nous écroulâmes sur la moquette du salon en hoquetant de rire. Scotty poussa encore quelques jappements en nous regardant sans comprendre.
Je le soulevai affectueusement dans mes bras, et il entreprit de me lécher la figure avec application. On aurait dit qu'il me suppliait d'arrêter mes bêtises.
- Vous savez bien que Scotty à horreur des hurlements. Pourquoi vous l'embêtaient comme ça ? demanda maman d'un air sévère, debout sur le seuil.
- Parce-que c'est drôle, tiens ! répondis-je.
- Drôle ?... Allez plutôt regarder vos sacs, reprit-elle. Vérifiez si vous avez mis tout ce qu'il fallait.
Luc poussa un soupir de mécontentement tandis que je grognais :
- Pourquoi doit-on absolument aller voir papy ?
Papa venait d'entrer dans le salon, portant nos bagages. C'est lui qui répondit :
- Parce qu'il est seul, parce qu'il n'y a plus d'enfant autour de lui. Et parce qu'il est tout simplement impatient de vous voir.
- Mais il nous raconte toujours des histoires horribles ! protesta mon frère.
Je renchéris :
- Papy essaye tout le temps de nous effrayer ! Papa laissa tomber son fardeau par terre et me regarda d'un air moqueur :
- Ha bon ? Et je croyais que tu aimais avoir peur, Romain. Du moins, c'est ce que tu prétends.
- Et bien... oui, c'est vrai, admis-je.
Je me relevai pour jeter un coup d'½il dans mon sac.
Papa avait raison. Luc et moi adorions les histoires à donner la chair de poule. Et on aimait en inventer pour terroriser les deux gamins des voisins.
Dès que le mois d'octobre arrivait, on se mettait à imaginer des costumes pour la fête de Halloween. Arrivé à cette période de l'année, nous redevenions de gros gamins je crois...
Nous, sommes, mon frère et moi, passionnés par tout ce qui fait peur, mais papy, il l'est encore plus... Il faut dire qu'il est bizarre.
Mon grand-père est très grand, osseux, et pâle comme un lavabo finlandais. Voûté, les bras maigres serrés contre son corps, il se frotte les mains en nous fixant de ses yeux humides et globuleux lorsqu'il nous parle.
Grand père vit seul dans une petite maison nichée au fond d'un bois. Luc et moi dormions toujours mal chez lui. Le vent hurle dans les arbres comme un fantôme en peine, on entend d'étranges gémissements sous les fenêtres de nos chambres et des bruits furtifs d'animaux rôdant des les parages.
En vérité, ce ne sont pas les animaux qui nous empêchent de dormir. A chacune de nos visites, papy attend la nuit sombre pour faire un grand feu crépitant dans la vieille cheminée de pierre, il se met a raconter les histoires les plus effrayantes qui puissent exister. Des histoires à vous donner des cauchemar pendant des mois. Des histoires qu'il prétend vraies.
Celle du garçon mort par exemple, qui continue de venir à l'école, alors que son père lui avait coupé la tête, ou celle des deux garçons qui se sont retrouvé dans un monde en noir et blanc, dans le passé, avec des élèves devenus fous...
Quel connerie !
Délicieuses histoires, n'est ce pas ? Nous avons beau aimer nous faire peur, mais nous trouvons qu'il exagère.
- Ce truc ne va plus ! se plaignit Luc en sortant un jean de son sac et en le jetant à travers a pièce. C'est du quatorze-ans !
- Si tu faisais tes valises, je ne me tromperais pas, tu ne crois pas ?
- Est-ce que Scotty peut venir avec nous ? demandai-je. Je suis sûr qu'il aimerait courir dans les bois.
- C'est ça ! s'exclama mon père en levant les yeux au ciel. Ce chien n'est pas un animal d'extérieur. Il a peur de tout, même des feuilles qui tombent !
Mes parents éclatèrent de rire.
- Il n'a pas peur de toutes les feuilles..., rétorquai-je. Seulement des grosses !
Je pris Scotty dans mes bras :
- Allez, viens, mon chien, on va chez papy !
- Tu vas laisser cette bête ici, rétorqua maman en durcissant le ton. Tu sais très bien que papy est allergique aux poils de chien. Ca le fait éternuer et ça lui donne des boutons.
- A...aaaaaa...
J'ouvris la bouche, fermai les yeux et fis semblant d'éternuer.
- Et moi je suis allergique à papy ! répondis-je. Il vaudrait mieux que je reste ici avec Scotty.
- Belle tentative, mais c'est raté ! fit papa. Bon, assez discuté. Allons cherger la voiture, il se fait tard.
Poussant un gros soupir, le lâchai Scotty, ramassai ma veste, mon sac, et sortis de la maison. La nuit était clair et froide, de la buée s'échappait de ma bouche, l'hiver était précoce cette année.
Alors que je marchai vers la voiture garée dans l'allée, un frisson glacé me parcourut le dos.
Pourquoi avais-je un si mauvais pressentiment ?
Pourquoi donc étais-je si secrètement persuadé que papy nous réservait la plus terrifiante de ses histoires ?
Si ça vous à plus ou que vous voulez ajouter vos impressions, laissez un com ! merki